De Barcelone aux hauteurs de Lausanne, le parcours d’Alba Farnós Viñals surprend et séduit. Ingénieure en chimie de formation, ancienne étudiante brillante, elle apporte depuis janvier 2025 une respiration nouvelle à l’Auberge de l’Abbaye de Montheron. Vous allez découvrir comment une histoire personnelle intense nourrit aujourd’hui une cuisine à la fois catalane et romande.
Voir le sommaire
Rigueur scientifique et souvenirs d’enfance
Vous imaginez peut‑être un chef élevé uniquement au gré des fourneaux. Ici, la vérité est plus nuancée. Alba grandit dans une famille d’ingénieurs. Ses parents quittent la maison tôt et rentrent tard. Elle apprend la rigueur et le travail acharné.
Aux côtés de sa nounou, Maria Antonia, et de sa grand‑mère, elle s’initie aux odeurs d’huile d’olive et aux gestes simples de la cuisine catalane. Ces images restent ancrées. Elles deviendront, plus tard, des sources d’inspiration.
À l’université, elle se distingue en chimie et termine deuxième de sa promotion. Mais l’exigence se transforme parfois en combat intérieur. Alba traverse un épisode d’anorexie, qu’elle décrit comme un besoin de contrôle plutôt qu’une quête d’apparence. Ce passé imprègne sa manière de travailler aujourd’hui. Vous percevez dans ses assiettes une quête d’équilibre et de précision.
Un pont entre la Catalogne et le terroir romand
Arrivée en Suisse il y a dix ans, Alba prend le temps d’apprivoiser les produits locaux. Elle marie l’huile d’olive et la chaleur des textures catalanes aux légumes, poissons et fromages du terroir romand.
Son approche est simple: respecter la matière première, jouer sur les contrastes et privilégier le partage. Vous retrouvez dans ses plats le chant de l’huile dans la poêle, des textures généreuses et un traitement des saveurs pensé comme une petite expérience scientifique.
Au-delà d’une fusion géographique, son travail est une philosophie: la technique au service de l’émotion. Les saveurs catalanes introduisent la familiarité. Les ingrédients romands apportent la fraîcheur et la force du terroir.
Montheron: un renouveau humble et sensible
Depuis janvier 2025, Alba succède au chef Rafael Rodriguez à l’Auberge de l’Abbaye de Montheron, perchée sur les hauteurs de Lausanne. Vous sentez tout de suite la volonté de respecter l’histoire du lieu tout en insufflant une vitalité contemporaine.
Son style séduit par sa modestie. Elle n’impose pas un ego. Elle met la tradition et le produit en lumière. Les clients remarquent la justesse des assaisonnements et la clarté des arômes. Les assiettes racontent une trajectoire personnelle: discipline, fragilité et finalement, joie retrouvée autour de la table.
Recette inspirée d’Alba: Truite du Léman, piperade catalane et huile d’olive
Voici une recette simple qui illustre la rencontre entre Catalogne et terroir romand. Elle reste accessible si vous voulez la reproduire chez vous.
- 4 filets de truite du Léman (environ 120 g chacun)
- 4 tomates mûres (400 g)
- 1 poivron rouge (150 g)
- 1 oignon moyen (100 g)
- 2 gousses d’ail
- 4 cuillères à soupe d’huile d’olive extra vierge
- 1 branche de romarin
- Sel et poivre
- 1 cuillère à soupe de vinaigre de Xérès (facultatif)
Préchauffez votre four à 180 °C. Coupez les tomates en petits dés. Épépinez et coupez le poivron en lanières. Émincez l’oignon et hachez l’ail.
Faites chauffer 2 cuillères d’huile d’olive dans une poêle. Ajoutez l’oignon et l’ail. Laissez suer 3 à 4 minutes à feu doux. Ajoutez le poivron puis les tomates. Salez légèrement et laissez mijoter 10 à 12 minutes. En fin de cuisson, ajoutez le vinaigre de Xérès si vous souhaitez une pointe d’acidité.
Dans une autre poêle, versez 2 cuillères d’huile d’olive. Posez les filets de truite côté peau. Ajoutez la branche de romarin. Saisissez 3 à 4 minutes à feu vif puis terminez la cuisson 3 à 4 minutes à feu moyen. Salez et poivrez.
Servez la truite sur un lit de piperade. Arrosez d’un filet d’huile d’olive crue. Vous obtiendrez un contraste chaud‑frais et un mariage simple entre la mer douce et les notes ensoleillées de la piperade.
Si vous passez par Lausanne, poussez la porte de Montheron. Vous y trouverez une cuisine sincère, façonnée par une femme qui a transformé son histoire en force créatrice. Vous repartez peut‑être avec l’envie de réinventer vos propres recettes, en gardant toujours la matière première au centre.


